Association Nationale 1914-1918

A la découverte des sites de la Grande Guerre

Albums Seconde Guerre Alain Puech

Nous savons que la Deuxième Guerre mondiale est la "suite" malheureuse de la Grande Guerre et qu'un grand nombre d'officiers français, américains, britanniques et allemands se sont formés au combat en 14-18 pour devenir de grands généraux en 39-45. Nous savons aussi que de nombreux adhérents sont aussi passionnés de ce second conflit, de ce fait à titre exceptionnel nous avons souhaité mettre en ligne quatre à cinq articles relatant des évènements importants de cette Guerre 39-45.

1/ Les Plages du Débarquement : Omaha Beach

En 1994, à l’occasion du cinquantième anniversaire du débarquement américain en Normandie, j’ai décidé de réaliser un reportage, initiative encouragée par plusieurs personnalités de la région. Aidé d’une carte précise, j’ai fait un circuit de plusieurs jours, entre Dives et Barfleur, pour avoir un aperçu le plus complet possible des installations de défenses allemandes, destinées à la protection des troupes positionnées sur le front de Normandie. Ce reportage de plus de 600 photos terminé, je me suis concentré sur la plage d’Omaha Beach, haut lieu du débarquement américain, avec la pointe du Hoc et Utah Beach. C’est ce travail que je vous invite à découvrir.

En 1944, le maréchal Erwin Rommel est nommé à la tête du groupe d’armées B, en Normandie. Une de ses tâches sera de fortifier la défense des plages afin de repousser une possible invasion. Des milliers d’obstacles, pieux, asperges de Rommel, portes d’étables belges etc. ... seront installés, des champs de mines créés et les arrières des plages inondés. Des blockhaus seront construits, d’autres renforcés et de nombreux points d’appui établis. Des murs antichars seront également construits. De Colleville à l’est, à la pointe de la percée à l’ouest, 12 ouvrages défendent la plage d’Omaha Beach, numérotés WN 60 à WN 72.

L’infanterie débarque après une préparation aérienne et navale ratée, avec une mer houleuse, les barges de débarquement ayant dérivées vers l’est. Le 16ème IR de la 1ère division d’infanterie, la fameuse Big Red One, arrive à l’est de la plage tandis qu’à l’ouest, devant Vierville, débarque le 116ème IR de la 29ème division d’infanterie, la Blue and Grey. Ces unités seront renforcées de bataillons de génie et de chars. Une compagnie du 2ème bataillon de Rangers est adjointe à l’extrême droite du 116ème.

La première vague des deux divisions débarquées sera massacrée. On estime à 1 350 hommes les pertes de la 1ère et à 1 300 celles de la 29ème, morts, blessés et disparus, toutes armes confondues. Des chars amphibies sont mis à l’eau, 3/4 coulèrent avant d’arriver au rivage. Omaha Beach fut appelé par les soldats « Bloody Omaha », Omaha la sanglante.

Afin d’empêcher l’arrivée de renforts allemands, 2 divisions de parachutistes furent larguées quelques heures avant l‘heure H, la 82ème AB aux alentours de Sainte-Mère-Eglise et la 101ème AB aux alentours de Sainte-Marie-du-Mont. Entre Omaha et Utah, le 2ème bataillon de Rangers est parvenu à escalader la Pointe du Hoc, malgré de lourdes pertes, afin de détruire des canons qui n’étaient plus là, car démontés.

Je ne résiste pas à vous transmettre un petit poème retrouvé lors de ces investigations :

L’écume est rouge
Plus rien ne bouge
Le vent emporte outre atlantique
Les âmes des enfants d’Amérique
Et le soleil réchauffe parfois
Leurs vingt ans qui dorment aujourd’hui
Face à la mer en Normandie

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2/ L'ouvrage fortifié de Galgenberg (Moselle)

L’ouvrage fortifié du Galgenberg , gros ouvrage d'artillerie, en forêt de Cattenom fait partie des constructions de renfort de la Ligne Maginot.

De retour de la guerre, où il a été blessé en novembre 1914, André Maginot se préoccupe de la défense de nos frontières.

Devenu ministre, il souhaite entreprendre des travaux afin de remobiliser nos défenses le long du Rhin, son slogan étant « le béton vaut mieux à cet égard et coûte moins cher qu’un mur de poitrines ».

La construction de cette ligne de défense débutera en 1927 pour se terminer en 1936 mais elle ne jouera aucun rôle primordial lors de l’invasion allemande en 1940.

L’ouvrage du Galgenberg, portant l'indicatif A15, est situé dans le département de la Moselle, dont Il couvre la vallée de ses tirs. Il est composé de deux entrées et huit blocs de combat. Son effectif commandé par un capitaine était de 445 hommes ( 167ème RIF, 151ème RA et 2ème RG )

Nos guides, nous ont fait découvrir, à travers un vaste cheminement, cet ouvrage de défense bien équipé surnommé « Le gardien de la Moselle »

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3/ Le ravin du Loup : Wolfsschlucht 2 (Aisne)

Le Ravin du Loup est le nom de code du quartier général qu'Adolf Hitler fit bâtir entre 1942 et 1944 près  de Soissons et du Chemin des Dames.

Construit par 22 000 ouvriers, d'une superficie de 90 km2, il se trouve entre les  villages de Margival, Laffaux et Neuville.

860 ouvrages, dont 475 blockhaus, le composent et ce uniquement pour la protection du grand quartier général d'Hitler et de son Etat-major.

C'est ici que fût décidé le sort du Grand Paris ainsi que la suite à donner au débarquement allié en Normandie.

C’est en effet le 17 juin 1944 que le Führer en personne est venu pour mettre en place, avec son Etat-major et ses maréchaux, les plans destinés à enrayer l’avance des alliés et autoriser l'envoi des divisions stationnées dans le nord de la France vers le front ouest .

Après une réunion importante qui devait décider du sort de la guerre, ne tenant pas compte des avis de Rommel et de Von Rundstedt, il quitta le camp de Margival, ne voulant rien changer au plan de bataille qu’il avait prévu.

C’est au cours de cette réunion que fût évoquée la destruction de Paris.

De ce camp, il reste la totalité des constructions, abris du Führer, blockhaus, central téléphonique, chambres et piscine y compris le tunnel de 647 m de long qui conduisait à la petite gare le long de la voie ferrée.

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4/ Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne)

Quelques semaines avant le cinquantième anniversaire de la destruction du bourg d’Oradour-sur-Glane, j'avais été sollicité par l’Administration dans laquelle  je travaillais afin de réaliser un reportage en vue de préparer une exposition photographique dans le Limousin.

Pour des raisons de politique nationale celle-ci n’a pu se réaliser. Le village avait rendu sa Légion d’honneur accordée par le Gouvernement et remis en cause la construction de  deux Monuments aux Morts.

Les séquelles du procès de Bordeaux en 1953 et la mise en cause de SS alsaciens (« malgré nous ») expliquant aussi cette décision.

Je suis donc descendu plusieurs fois pour réaliser des photos et, en relecture, j'ai trouvé les épreuves en noir et blanc plus puissantes.

Je vous en fais découvrir quelques-unes.

Ici les hommes firent à leur mère et à toutes les femmes la plus grave des injures : ils n’épargnèrent pas les enfants.

                                                                                       Paul Eluard

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Un peu d’histoire avec l'aimable concours de Jean-Paul HAYART,

Faisant parti de la 2. SS-Panzer-Division Das Reich , qui laissera dans les pays de l’Est le souvenir de nombreuses exactions, exécutions de civils, destructions de villages, chasses aux partisans, etc. etc.  le régiment Der Führer participe à toutes les grandes batailles en Russie. Après la bataille de Koursk et la perte de près de 8 000 hommes, la division laissant un groupe de combat en Russie, rejoint à partir d’avril 1944 et peu à peu la région de Montauban où elle pourra se reconstituer en hommes et en matériel.

La résistance, très active dans le Limousin, posera de nombreux problèmes aux troupes d’occupation.
Le 6 juin 1944 les forces alliées débarquent en Normandie.
Dès le lendemain, la Das Reich commandée par le général Heinz Lammerding quitte Montauban selon deux axes, l’un passant par Tulle et l’autre par Limoges, pour rejoindre le front de Normandie, tout en mettant fin à « l’agitation des maquis », nombreux en Limousin.
Faute d’avoir été  renforcé en matériel, craignant les attaques des maquisards, le moral des troupes est fragile.
Cette remontée sera jalonnée d’escarmouches avec la résistance et d’exécutions de nombreux civils.
A partir du 21 mai, les opérations de répression sont plus intenses et le 9 juin une centaine de civils sont pendus à Tulle et des exécutions sommaires sont perpétrées dans les villages ou fermes isolées dans la campagne environnante.
Les majors (Sturmbannführer) Dieckmann commandant le 1er bataillon et Kämpfe commandant le bataillon de reconnaissance (Kämpfe étant très prisé dans la division et grièvement blessé en Russie) sont chargés de libérer et de sécuriser les routes vers Limoges.
Le 9 juin Helmut Kämpfe est enlevé par le maquis non loin de Saint-Léonard-de-Noblat . Il aurait été exécuté le 10 juin.
Le samedi 10 juin, à l’hôtel de la Gare de Saint-Junien, à quelques kilomètres d’Oradour, en présence du général Lammerding, du chef de la SD locale, de membres de la milice et du major Dieckmann , est prise la décision d’anéantir le bourg d’Oradour et de massacrer ses habitants.
En début d’après-midi, sous les ordres du major Dickmann, commandant du 1er bataillon, du capitaine Kahn, commandant la 3ème compagnie et du S/ lieutenant Barth, deux colonnes motorisées, camions, véhicules semi-chenillés se dirigent vers Oradour .
Dès le passage de la Glane, les SS remontent les rues du village afin de l’encercler, les hameaux environnants subissent le même sort.
Chaque entrée de la commune est gardée et des SS patrouillent dans les environs afin de « rafler » toutes personnes qui seraient dans le périmètre pour les envoyer, sous bonne garde, dans le village.
Sous prétexte de contrôle de papiers, tous les habitants sont dirigés vers le champ de foire, malades et enfants compris. Les habitants des hameaux et les ouvriers travaillant dans les champs subissent le même sort et plusieurs personnes ne voulant pas obéir sont abattues. Les passagers du tramway venant de Limoges sont également emmenés au lieu de rassemblement.
Le village étant rassemblé et sous le prétexte qu’il y aurait des caches d’armes dans la commune, Dickmann demande au maire, Monsieur Desourteaux, de lui indiquer les lieux de ces prétendues caches et de désigner 30 otages. Celui-ci refuse et se porte garant de ses administrés.
A ce moment, prétextant la fouille du bourg, les hommes et adolescents sont emmenés dans six lieux, granges et garages, où des mitrailleuses sont mises en batterie tandis que les femmes et enfants sont dirigés vers l’église où ils sont enfermés et périront dans les flammes sous l’effet des explosifs et gaz asphyxiants
A un signal, les SS ouvrent le feu sur les hommes parqués dans les granges et après avoir achevé les blessés amènent de la paille et y mettent le feu.
Comme dans les granges, les possibles survivants sont mitraillés et les corps recouverts de paille, chaises, fagots, etc …auxquels on met le feu également.
La chaleur est telle que les cloches fondent.
Le village est de nouveau perquisitionné et toutes les personnes n’ayant pu se déplacer, vieillards, impotents sont exécutés.
On retrouvera des corps calcinés dans le four d’une boulangerie, d’autres dans un puits, d’autres encore dans leur habitation, certains ici et là dans la commune comme un garagiste tué près du cimetière alors qu’il s’échappait.
Le soir venu, à part quelques hommes restés de garde, les SS partirent faire bombance dans un village environnant avec les victuailles et boissons « trouvées » à Oradour.
Le lendemain, des détachements revinrent pour essayer de minimiser le massacre de la veille. Plusieurs fosses furent creusées afin d’y ensevelir de nombreux restes humains.
Il y avait ce samedi 10 juin à Oradour distribution de tabac et visite médicale des enfants des écoles et de ce fait une animation plus importante que les autres jours.

Le massacre fit 642 victimes, hommes, femmes et enfants.

Dans l’église il y eut une rescapée qui put s’enfuir par un vitrail derrière le maitre autel.
Dans une des granges, seuls cinq hommes tous blessés, parvinrent à s’échapper. Tous ont perdu leur famille.
Un de ces hommes, Robert Hébras, est toujours en vie.

En 1953 eut lieu le procès de Bordeaux où furent jugés quelques SS retrouvés.
Dans un contexte politique complexe, les 13 Alsaciens « malgré nous »  furent acquittés. Un seul d’entre eux, sous-officier mais engagé volontaire dans la SS en 1940, fut condamné à mort mais libéré quelques années après. Il est mort il y a peu en Allemagne où il vivait.
Le général Lammerding est mort en 1971 et ne fut jamais inquiété.
Le major Dieckmann a été tué en Normandie, il est inhumé dans la nécropole Allemande de La Cambe (Manche).
Le capitaine Kahn et mort en 1977 sans avoir été jugé ni inquiété lui non plus.
Le sous-lieutenant Barth , qui déclarait en avoir tué personnellement 12 à 15, fut jugé et condamné en 1983 à la perpétuité et libéré en 1997 pour raison de santé. Il est mort en 2007.

Pourquoi Oradour ?

De nombreuses raisons ont été évoquées, maquis, caches d’armes, suites de  l’enlèvement du major SS Kämpfe, erreur avec Oradour-sur-Vayres aussi dans le département de la Haute-Vienne, etc etc …
Il fut dit aussi que c’était Saint-Junien qui devait être détruit mais que la commune étant trop importante on s’était rabattu sur Oradour.
Malgré les études faites avec des moyens modernes et des historiens compétents on ne sait toujours pas avec certitude le pourquoi Oradour-sur- Glane.
Le dernier des survivants, Robert Hébras, y a exercé l’honorable profession de garagiste et il  y demeure toujours.
Jean-Paul HAYART, co-auteur de ce texte connaît bien cette région.
Durant la Seconde Guerre mondiale son père prisonnier puis évadé est venu se réfugier à Saint-Junien village proche d’Oradour ou il est entré dans la résistance.

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