Le village et le massif forestier
Alain PUECH avec son ami Jean-Paul, ont calculé que la crête des Eparges était le site qu’ils avaient le plus visité.
Il est difficile de raconter ces premières ascensions, l’émotion ressentie lors de la montée par le cimetière du Trottoir et la tranchée Genevoix, là où certains membres de notre association ont perdu des membres de leurs familles.
Nul ne peut raconter les souffrances de ces combattants français, pour la conquête de cet éperon, sous les tourmentes hivernales, sous les milliers de bombes déversées par les Allemands qui protégeaient leurs positions et surtout le point X, poste d’observation redoutable sur la plaine de la Woëvre.
Maurice Genevoix a mieux que d’autres raconté avec beaucoup de réalisme les épreuves de la souffrance, du froid et de la peur toujours présente lors des bombardements de la 33e division d’infanterie allemande qui ensevelissaient nos Poilus sous des tonnes de terre boueuse particulièrement lors de la période du 17 février au 15 avril 1915.
Situé à environ 20 kilomètres de Verdun, versant oriental des côtes de Meuse, le massif des Eparges domine de 300 mètres la plaine de la Woëvre, point stratégique pour les troupes allemandes qui ont renforcé leurs positions avec tranchées et blockhaus.
Dès la formation du saillant de Saint-Mihiel, en septembre 1914, les Français cherchent à réduire cette hernie et l’état-major décide alors de monter à l’assaut de la colline afin d’en déloger l’adversaire.
Dès le 17 février 1915, bien positionnés avec une belle vue sur le champ de bataille, de nombreuses contre-attaques allemandes auront lieu et ceux ci reprendront du terrain.
La guerre de surface est bientôt remplacée par la guerre des mines.
Sur la crête, au milieu des tranchées et ouvrages fortifiés, 32 cratères de mines chez les Français et 46 côté Allemand seront dénombrés
Les 9 et 10 avril 1915 des bataillons du 106e et du 12e RI vont s’emparer d’une partie du point X, mais le 24 le commandement allemand sous les ordres du général Von Stranz « Général der Infanterie » du 5e corps d’armée va lancer des contre-attaques sur les Eparges et sur la Tranchée de la Calonne .
C’est dans ce secteur de la Tranchée de Calonne que sera tué l’auteur du Grand Maulnes Alain Fournier retrouvé avec ses compagnons en 1991 dans une fosse commune dans les bois de St Rémy la Calonne.
Disparaîtra également dans les environs Louis Pergaud (la Guerre des boutons).
L’écrivain allemand Ernst Jünger (Orage d’acier) combattra aussi sur le site.
Au final le point X va rester aux mains des Allemands et il faudra l’arrivée de la 1ere armée américaine pour libérer le secteur .
Dans cette lutte, sur un espace forestier de 1 800 m de long et 330 m de large, on dénombrera 40 000 morts .
Le village des Eparges sera entièrement détruit, il n’en reste que des monuments commémoratifs, des trous de mines et des vestiges de tranchées .
Certains des amis d’Alain, spécialistes, estiment que sur le terrain restent encore plusieurs centaines de disparus.
Quelques monuments ou stèles sont à voir chemin faisant :
Le monument du Génie, le monument en souvenir des combattants du 302e RI, le monument du Coq pour ceux de la 12e DI et en montant le long du massif, le monument des revenants, de Réal Del Sarte, récemment mutilé par le vol d’une stèle en bronze sur son socle d’origine.
Au point X, dominant la plaine, le monument « De ceux qui n’ont pas de tombe » où un très beau bas-relief représente un officier entouré de ses hommes partant au combat (Œuvre de la sculptrice Mina Fischer qui a représenté son fiancé). Celui-ci, le lieutenant René Tronquoy du 67e RI est porté disparu le 20 février 1915.
Retrouvé en 1935, il est inhumé au cimetière militaire de Trésauvaux, tombe 495.
Mina Fischer deviendra Comtesse de Cugnac en épousant Antoine de Cugnac, un ancien combattant grièvement blessé et mutilé durant le conflit.
Le cimetière du Trottoir.
On ne peut évoquer la crête des Eparges sans parler du cimetière du Trottoir . On le croise en montant sur la butte par le ravin d’Hadimel à environ 800 mètres du village des Eparges.
Son monument central a été reconstitué en 1924 à l’identique de celui construit en 1915.
Il est en pierre d’Euville et de chaque côté se trouvent les ossuaires où reposent les soldats qui n’ont pu être identifiés . Sur la stèle sont inscrits les lieux de combats environnants : le ravin de Sonvaux, la Pointe de Montville, la Tranchée de Calonne, le ravin de la Fragaoule et le Bois haut.
Disparu sous les bombardements en 1915, il sera restauré dans les années 1922-1924.
Grace aux indications fournies par les aumôniers militaires, suivant les directives du révérend Père Doncoeur sur la transcription de la mémoire, 200 corps de soldats environ seront retrouvés sur le terrain . Une grande partie de ceux-ci seront rendus à leur famille. 900 autres soldats, pour la plupart non identifiés, iront rejoindre l’une des quatre fosses communes.
2 960 soldats dont 852 inconnus reposent maintenant dans cette nécropole.
Un hommage solennel y est rendu tous les ans et des visiteurs ne manquent pas de fleurir la tombe du lieutenant Robert Porchon, mort en février 1915.
Maurice Genevoix, grand ami de celui ci, venait s’y recueillir. Il n’avait pas oublié la lutte acharnée que se livrèrent les Français et les Allemands là où était tombé son frère de combat
Dans le cœur du village ( 60 habitants ) se trouve un calvaire travaillé par Duilio Donzelli, plus loin une borne Vauthier et enfin, près de l’église, devant la mairie, a été élevée une statue de Maurice Genevoix en uniforme du 106e RI sculptée par Virgil Magherusan ( Peintre des armées) inaugurée en 2015.
L’église Saint Martin, construite en 1829, pratiquement détruite en 1915 sera restaurée en 1929. Dans une chapelle attenante se trouvent de nombreux ex-voto que Alain eu l’autorisation de photographier pour une publication et, pour l’anecdote, c’est Réal-Del-Sarte qui retrouvera dans les ruines la porte du tabernacle.
Plus tard devenu un sculpteur connu il réalisera le monument des revenants du 106e situé sur les pentes de la butte des Eparges ainsi que d’autres dont celui de la Ferme de Navarin.
Découvrir comme nous l’avons fait avec l’association est un devoir de mémoire mais aussi un devoir d’histoire tant ce département de la Meuse a « donné » : Verdun, l’Argonne, le Saillant de Saint-Mihiel, les Eparges.






















































































