Régiments d'infanterie nos 136 à 150

 

Saint-Lô (20e DI, 10e CA)

De la charrue au fusil, Charles Charruau
ACL de Saint-Sylvain d'Anjou, 1993
Charles Charruau est mobilisé le 10 avril 1915 au 66e RI de Tours. Le 3 octobre 1916, il est versé au 136e RI avec lequel il part pour le front. Malade, il est évacué fin décembre. Il rejoint le 17 février 1917, et est blessé près de Villers-Cotterêts le 5 juin 1918. Evacué, l'armistice intervient alors qu'il achève sa convalescence.
Le paysan angevin Charles Charruau a laissé un récit sobre et sans prétention de sa campagne. Le texte en fut rédigé vraisemblablement quelques années après la fin de la guerre, sans doute d'après les notes de son journal. Sa présentation en a été légèrement remaniée par l'éditeur, initiative contestable, mais sans conséquence majeure.

Grenoble (27e DI)

Le grand troupeau, Jean Giono
Gallimard, 1931 (Réédition poche : Folio no 760, 1988)
Solitude de la pitié
Les Cahiers libres, 1930 (Réédition poche : Folio no 330, 1973)
Ecrits pacifistes
Rassemblés et réédités en poche : Gallimard, 1978 (collection Idées, no 387)
Incorporé fin décembre 1914 au 159e RI, l'auteur partit pour le front le 27 mai 1916 dans le 140e RI. Evacué pour commotion le 28 juin, il rejoignit à la fin de juillet. Il servit ensuite sans interruption, comme spécialiste des transmissions, jusqu'à sa démobilisation en octobre 1919. Il avait été versé à une date inconnue au 8e Génie. Il serait dangereux de prendre les écrits de Giono concernant la guerre au pied de la lettre : le romancier était un affabulateur né, et même dans sa correspondance de l'époque (inédite) il ne recule devant aucune exagération ni invraisemblance. Son récit le plus proche de la vérité historique, aux trois-quarts autobiographique, est la nouvelle Ivan Ivanovitch Kossiakov, qui évoque la période pendant laquelle son unité était en liaison avec les troupes russes, dans le secteur du fort de La Pompelle. (Solitude de la pitié, 1932) Mais son oeuvre majeure reste Le grand troupeau, roman qui tient à la fois de l'Apocalypse biblique et de l'épopée homérique, et qui délaisse la forme du témoignage pour adapter le ton de la parabole.

 
Le grand troupeau - Giono
Ecrits pacifistes - Giono
Solitude de la pitié - Giono 

Giono a également évoqué la guerre dans des écrits polémiques de circonstance rédigés dans les mois qui précédèrent le second conflit mondial : Refus d'obéissance (1937), Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938), Précisions (1939), Recherche de la pureté. Si l'engagement pacifiste et les prises de position politiques de l'auteur rendent ces textes sujets à caution sur le plan de la pure exactitude historique, ceux-ci demeurent un témoignage poignant sur les souffrances engendrées par la guerre, et sur les traumatismes durables qu'elle a provoqués chez ceux qui en furent les acteurs.

Mende, Lodève (31e DI, 16e CA)

Franchise militaire, Benjamin Simonet
Gallimard, 1986
L'auteur est né le 30 octobre 1872 à Nancy. Sa scolarité achevée, il s'engage comme simple soldat. Devenu sous-officier, il intègre l'école de Saint-Maixent. A la mobilisation, il est capitaine au 142e RI. Cet ouvrage regroupe les lettres qu'il a adressées à sa femme depuis le 6 août 1914 jusqu'au 26 mars 1915, date à laquelle il est évacué pour blessure. Il permet de suivre quasiment au jour le jour l'évolution de l'état d'esprit de cet officier qui, de résolu et presque enthousiaste, cède progressivement à un découragement teinté d'indignation devant les vaines tueries qu'il est contraint de mener quotidiennement.

 

Bordeaux (35e DI, 18e CA)

D'une guerre à l'autre. 1 : 1914-1918, David Chabas
Chez l'auteur, 1989
A 18 ans, David Chabas quitte sa Lithuanie natale pour Paris au printemps 1914, afin d'étudier les beaux-arts. Evacué en Gironde à la mobilisation, il s'engage dans la Légion étrangère le 29 mai 1915, mais obtient d'intégrer le 144e RI en juillet. C'est dans cette unité qu'il part pour le front le 3 septembre suivant. Le 14 avril 1916, il est blessé dans les combats du Mort-Homme.

 

Après une longue convalescence, il est employé comme interprète, le russe étant sa langue maternelle. Le 24 août 1918, il part pour le front d'Orient en cette qualité au 17e bataillon de TRF (Travailleurs Russes Forcés). Il est libéré en mars 1919.
Les souvenirs de David Chabas sont constitués de son journal de guerre, qu'il a visiblement remis en forme, et d'extraits de sa correspondance. Jeune homme hypersensible, enthousiaste, un rien neurasthénique, la guerre lui fait faire connaissance avec les plus dures réalités. Son récit dense et précis éclaire des aspects très méconnus du conflit en ce qui concerne la présence russe en France et sur le front d'Orient.

 

Toul (39e DI, 20e Région militaire)

Le capitaine Augustin Cochin
Bloud, 1917
Correspondance d'un lieutenant puis capitaine qui ne cessa de faire le va et vient entre le front - où il fut blessé trois fois - et l'arrière. Elle débute le 19 février 1915 pour s'interrompre le 7 juillet 1916, l'auteur étant tué le lendemain. C'est le témoignage d'un homme qui a vécu la guerre dans sa chair, sans pour autant abandonner tous ses préjugés sur elle. (Témoins, p.505-507)

La comédie de Charleroi, Pierre Drieu La Rochelle
Gallimard, 1934 (Réédition poche : coll. L'imaginaire, 1996)
Revenu du front d'Orient d'où il avait été évacué pour dysenterie, l'auteur fut versé dans cette unité le 6 janvier 1916. Il la rejoignit le 21 février à Verdun, dans le secteur de Thiaumont, juste avant le début de l'offensive allemande. Sérieusement blessé au bras, complètement sourd, il fut évacué le 25 février. Une fois rétabli, il fut versé dans l'auxiliaire. Affecté le 4 février 1917 à la 20e section des Secrétaires d'Etat-Major, Drieu vécut en embusqué (sa famille était intime avec les Millerand) et entama sa carrière littéraire. S'ennuyant sans doute, il fut réintégré à sa demande service armé le 6 novembre 1917 et versé au 83e Régiment d'artillerie lourde. Revenu début mars 1918 à la 20e section des SEM, il fut nommé adjudant et envoyé comme interprète (19e Train) dans un Etat-Major divisionnaire de l'armée américaine. Il fut démobilisé le 24 mars 1919.
La comédie de Charleroi occupe une place à part dans les témoignages de combattants. Autant qu'une description épouvantée de la redoute de Thiaumont sous les obus (le livre évoque également la bataille de Charleroi en 1914 et les Dardanelles en 1915, où l'auteur avait combattu auparavant) c'est une véritable quête métaphysique au cours de laquelle le sergent Drieu connut l'illumination du courage et de la peur, de la souffrance et de la mort. Riche bourgeois asocial, brillant et dépressif, excessif en tout, Pierre Drieu passa le temps de la guerre à se singulariser. Cette expérience fit de lui un écrivain atypique dont le témoignage s'apparente à une confession : il y aborde nombre d'aspects d'ordinaire passés sous silence par les autres témoins, comme la sexualité, l'alcoolisme, la déchéance morale ou la délinquance criminelle.
Pour les autres oeuvres de l'auteur consacrées à la guerre, voir les
sources du 5e RI.

La flamme victorieuse, Raymond Genty
Berger-Levrault, 1917
Ce récit porte sur la période allant d'août à novembre 1914 - l'auteur ayant été blessé et évacué le 20 octobre. C'est un document qui n'est pas sans intérêt, même s'il mélange des "notations justes" avec des exagérations et des anecdotes fantaisistes. (Témoins, p.314-316)

 

Sedan (4e DI, 2e CA)

Témoignage 1914-1918, Ernest Repessé
Art&T, 2004
Quand la guerre éclate, en 1914, Ernest Repessé a 26 ans. Il est imprimeur-libraire à Carignan, dans les Ardennes. Il sera de tous les fronts et des plus grandes batailles : Argonne, Somme, Verdun, avant d'être fait prisonnier sur le Chemin des Dames, fin mai 1918.

 

Affecté à l'infirmerie régimentaire, il se donne tout entier à sa tâche qui consiste tout autant à soigner les corps mutilés qu'à soulager les âmes torturées de ses camarades. Confronté à la souffrance nue, il tenait à témoigner, c'est pourquoi il a tenu un journal quotidien tout au long de la guerre. (Information éditeur)

Epinal (43e DI, 21e CA)

Jours de gloire, jours de misère, Henri René
Perrin, 1917
De son véritable nom Emile Laure, ce capitaine breveté commanda la 10e compagnie puis le 3e bataillon du régiment, entre le 13 août 1914 et le 1er mai 1915. Son expérience réelle du front est gâtée par un goût certain pour la "propagande patriotique et militaire". (Témoins, p.641-643)

 

Mézières, Saint-Mihiel (40e DI, 6e CA)

Les rides du sol, Ernest Chaussis
Ysec, 2004
Né le 10/09/1884, l'auteur est inspecteur de l'école primaire en Bretagne lorsque la guerre éclate. Classé dans l'auxiliaire, de santé fragile, il ne rejoint cette unité que le 7 juillet 1915, pour être presque aussitôt évacué le 11 août suivant, atteint de la fièvre typhoïde. Rétabli, il sera affecté au 154e RI.

 

Si Chaussis a peu connu la vie des tranchées, il a néanmoins laissé un témoignage digne d'intérêt en raison de sa curiosité intellectuelle et la diversité de ses talents. Dessinateur, musicien, il se plait à observer, réfléchir, tirer des leçons pour le présent et l'avenir. Il lève ainsi un voile sur les coulisses de la Grande Guerre et quelques-uns de ses aspects les moins connus.
 

Carnets de guerre, Victor Christophe
Journaux de combattants et civils de la France du Nord... - PU du Septentrion, 1998
Né en 1891, l'auteur faisait partie de la clique du régiment. Musicien en période de repos, il devenait brancardier sur le champ de bataille. Ses carnets couvrent toute la période de la guerre. Déjà sous les drapeaux au moment de la mobilisation, il partit dès le 3 août en couverture.

 

Il participe à l'offensive de Lorraine, à la retraite puis à la bataille de la Marne. En janvier 1915 il est en Argonne. Evacué en mai pour une raison inconnue, il rejoint en février 1916 et combat dans le secteur du Mort-Homme de mars à début juin. Il occupe ensuite un secteur dans la Somme, de septembre à début décembre. De retour en Argonne à la fin de l'année, il participe à l'attaque du Mont Sapigneul le 16 avril 1917. En juillet il est dans la Meuse, à partir d'octobre dans la forêt de Facq. En 1918 il combat sur la Marne et en Champagne. Victor Christophe fut finalement démobilisé le 27 juillet 1919. (p.23-105)


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Mise à jour :
avril 2005